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October 24, 1876 (Meiji 9)
Kumamoto (Garnison de Kumamoto et alentours)
Forces
Shinpƫren (League of the Divine Wind)
Kumamoto Garrison (Meiji Government Forces)
Environ 6 min de lecture
La nuit du 24 octobre 1876, environ 170 anciens samouraĂŻs se rassemblaient Ă Kumamoto, armĂ©s d'Ă©pĂ©es, de lances et d'arcs â rien d'autre. C'Ă©taient les ShinpĆ«ren, la Ligue du Vent Divin, le plus radical des nombreux groupes rĂ©actionnaires de samouraĂŻs qui avaient Ă©mergĂ© en rĂ©action au dĂ©mantĂšlement par le gouvernement Meiji de l'ancien ordre guerrier.
Les origines des ShinpĆ«ren se trouvaient dans la culture des samouraĂŻs du ancien domaine de Kumamoto et dans un fondamentalisme shintĆ qui interprĂ©tait la modernisation occidentale comme une pollution spirituelle. Leur chef, Otaiguro Tomoo, aurait couvert ses yeux avec du papier lorsqu'il Ă©tait forcĂ© de regarder des objets occidentaux, pour Ă©viter la contamination. Les armes Ă feu n'Ă©taient pas simplement infĂ©rieures sur le plan tactique Ă ses yeux â elles Ă©taient rituellement impures, indigne d'ĂȘtre tenues par des hommes qui s'Ă©taient consacrĂ©s Ă la pure tradition guerriĂšre.
Le dĂ©clencheur immĂ©diat Ă©tait l'Ădit d'Interdiction de l'ĂpĂ©e (HaitĆrei) de mars 1876, qui rendait illĂ©gal pour quiconque, sauf les militaires et la police, de porter une Ă©pĂ©e. Pour des hommes qui croyaient que l'Ă©pĂ©e Ă©tait l'incarnation littĂ©rale de l'Ăąme du samouraĂŻ â le vaisseau par lequel la volontĂ© divine s'exprimait dans les mains humaines â cette loi n'Ă©tait pas simplement gĂȘnante. C'Ă©tait un acte de profanation.
Leur attaque nocturne sur la Garnison de Kumamoto était une déclaration délibérée autant qu'une action militaire. Ils ont tué le commandant de la garnison, le Général Taneda Masaaki, dans sa résidence privée et ont pris d'assaut les casernes. Pendant quelques heures chaotiques, la garnison était dans la confusion ; plusieurs officiers ont été abattus. Alors les soldats survivants se sont regroupés et ont apporté leurs fusils. Contre les armes à feu, les épées ne pouvaient pas prévaloir.
Au matin, les Shinpƫren était détruit. Otaiguro et les autres chefs se sont suicidés. L'action entiÚre avait duré moins d'une demi-journée.
Les Ă©pĂ©es que les ShinpĆ«ren portaient Ă©taient des lames Higo â produits de la tradition d'Ă©pĂ©es de Kumamoto, exemplifiĂ©e par l'Ă©cole DĆtanuki, qui valorisait la performance de coupe pratique par rapport au raffinement esthĂ©tique. Robustes, fonctionnelles, faites pour tuer plutĂŽt que pour l'exposition : les Ă©pĂ©es Higo convenaient aux hommes qui croyaient en la nature essentielle de l'Ă©pĂ©e dĂ©pouillĂ©e de cĂ©rĂ©monie.
La RĂ©bellion ShinpĆ«ren a Ă©chouĂ© militairement. Mais son argument â que l'Ă©pĂ©e n'Ă©tait pas une arme Ă interdire lĂ©galement mais un objet sacrĂ© dont l'interdiction Ă©tait elle-mĂȘme un acte de violence spirituelle â a pĂ©nĂ©trĂ© le courant idĂ©ologique de la culture japonaise. La RĂ©bellion occidentale de l'annĂ©e suivante, la littĂ©rature de l'Ă©poque Meiji, et finalement l'idĂ©ologie militariste du XXe siĂšcle de l'Ă©pĂ©e comme esprit national doivent tous quelque chose Ă la dĂ©monstration finale dĂ©sespĂ©rĂ©e des ShinpĆ«ren. Ils ont prouvĂ©, au prix de leurs vies, que l'Ă©pĂ©e signifiait quelque chose qui ne pouvait pas ĂȘtre aboli par la loi.