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* Image illustrative uniquement.Le polissage du nihontō est une technique d'une très grande complexité et d'une profondeur rare, confiée à des artisans spécialisés appelés togishi. Le togishi n'est pas simplement quelqu'un qui « polit » le sabre : c'est un artiste qui en fait jaillir la beauté endormie et qui ressuscite pour les générations actuelles le monde esthétique voulu par le tōkō. Le togi assume à la fois un rôle pratique de conservation et une fonction déterminante dans la valeur marchande de la lame. Entre les mains d'un togishi accompli, le jigane jusqu'alors terne révèle un hadame (grain de surface) d'une netteté saisissante, et le hamon jusqu'alors indistinct surgit avec un éclat et une clarté remarquables. La maîtrise de cette technique exige en général plus de dix ans d'apprentissage, et le nombre de togishi pleinement formés reste aujourd'hui très limité.
L'idée reçue selon laquelle « le polissage sert à retrouver le tranchant » ne représente en réalité qu'un aspect de ses finalités. Le but premier du togi est de porter à son maximum la beauté du hadame du jigane — itame, mokume, nagare-hada et autres —, de faire apparaître avec plus de précision les motifs complexes et subtils du hamon, et de mettre en valeur le phénomène appelé utsuri, cette clarté blanchâtre qui flotte sur le jigane. L'utsuri est un phénomène esthétique particulièrement prononcé sur les sabres de Bizen-den, et il dépend largement de la qualité du togi. Ces éléments esthétiques demeurent latents dans l'acier au moment de la fabrication et ne se manifestent au monde extérieur qu'au terme du processus de polissage. Le togi est précisément l'acte d'« éveiller la beauté endormie du sabre » ; en ce sens, il constitue une démarche artistique dont la valeur est au moins égale à celle de la restauration d'une œuvre d'art, sinon supérieure.
La première phase du polissage est appelée shitaji-togi (polissage de base). Elle commence par l'utilisation de pierres à aiguiser relativement grossières — ara-to, naka-to, etc. — afin de redonner à l'ensemble de la lame sa forme (sugata). Cette étape constitue la base la plus importante de tout le processus. Le togishi s'attache d'abord à comprendre le contexte historique du sabre, son époque de fabrication et les caractéristiques de son école, puis à discerner la sugata que la lame devrait idéalement avoir. Les époques Kamakura, Nanbokuchō, Muromachi et Edo possèdent chacune leurs propres formes de sori, largeurs de lame et épaisseurs de kasane ; ramener la lame à la sugata typique de son époque est le cœur même du shitaji-togi. La correction des éraflures et des creux, ainsi que l'élimination de la rouille, sont conduites avec soin, tout en rapprochant la lame de la sugata idéale voulue par le tōkō. Cette étape requiert une maîtrise purement technique, mais aussi un sens esthétique et un jugement profonds.
Une fois la sugata établie par le shitaji-togi, la lame passe à la phase du shiage-togi (polissage de finition). On y utilise des pierres à aiguiser de finition spécifiques afin de porter à leur maximum la beauté du jigane et du hamon. L'uchigumori-to est la pierre employée dans la dernière phase du shitaji-togi ; elle permet d'affiner la surface du jigane et de faire ressortir le paysage du hadame. Dans le shiage-togi, la hazuya — une pierre à aiguiser spéciale constituée d'une fine tranche d'uchigumori-to collée sur du papier washi — fait apparaître le hamon avec encore plus de netteté et exprime avec précision la texture des nie et des nioi. Vient ensuite la jizuya, qui polit l'ensemble du jigane pour lui conférer éclat et profondeur. Les étapes finales du narue et du migaki parachèvent l'ensemble, portant la lame à son état de brillance optimale. Le choix des pierres à chaque étape et la façon de les utiliser sont le fruit du savoir et de l'expérience du togishi ; cela exige un jugement d'une grande finesse, adapté à la nature, à la dureté et à la teneur en carbone de l'acier de chaque lame.
La durée nécessaire au polissage d'une lame varie considérablement selon l'état du sabre, le degré de rouille, la présence d'éraflures et le niveau de finition souhaité.
Le coût est souvent calculé en fonction du nagasa de la lame et varie largement selon l'état du sabre et le niveau de finition.
Il ne s'agit nullement d'une somme excessive ; c'est un investissement légitime pour porter la valeur du sabre à son maximum et en assurer la conservation pour l'avenir.
Lorsque l'on confie un nihontō à un togishi, le choix de cet artisan est la décision la plus importante, celle qui conditionnera la valeur future de la lame. Entre les mains d'un togishi de talent, la beauté endormie s'éveille pleinement et l'évaluation lors d'une expertise peut s'en trouver spectaculairement améliorée. En revanche, un polissage réalisé par un togishi dont la maîtrise est insuffisante risque de trop amincir la lame ou de gâcher le paysage du jigane, compromettant irrémédiablement la valeur du sabre. Pour choisir un togishi, les points suivants sont essentiels.
Choisir un togishi par l'intermédiaire d'un réseau de recommandation fiable est le meilleur moyen de préserver la valeur du sabre.
Le togi n'est pas une simple opération d'entretien : c'est aussi un acte qui déchiffre l'histoire traversée par le sabre au fil du temps. Les traces d'anciennes éraflures, les marques de corrosion laissées par la rouille et les entailles qui apparaissent au cours du polissage témoignent éloquemment de l'histoire que le sabre a traversée. Le togishi accompli cherche à respecter au maximum ces témoignages historiques tout en poursuivant simultanément le délicat équilibre qui consiste à porter la beauté du sabre à son maximum. Une élimination excessive des traces historiques nuit à la valeur testimoniale du sabre, tandis qu'une priorité trop grande accordée à la beauté peut faire disparaître des informations essentielles. Pour maintenir cet équilibre, la maîtrise technique ne suffit pas : il faut un profond respect pour l'histoire et une perspicacité esthétique. Le togi est un pont entre le passé et l'avenir du sabre, et le togishi en est le bâtisseur.
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