* Image illustrative uniquement.Hizen Masahiro
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Description
Masahiro, le maĂźtre qui a relancĂ© lâĂ©cole du Hizen-tĆ
Hizen Masahiro fut un forgeron actif au milieu de lâĂ©poque dâEdo, de la fin du XVIIe siĂšcle au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, dans la province de Hizen (actuelles prĂ©fectures de Saga et de Nagasaki). Il compte parmi les maĂźtres forgerons importants qui ont perpĂ©tuĂ© la lignĂ©e du Hizen-tĆ initiĂ©e par Tadayoshi et Tadahiro. Le Hizen-tĆ est connu pour un style distinctif marquĂ© par le « konuka-hada » et de beaux hamon droits. Ce style fut Ă©tabli par le premier Tadayoshi (Hashimoto Shinzaemon, plus tard Musashi DaijĆ Tadahiro), et il fut apprĂ©ciĂ© des samouraĂŻs de lâouest du Japon tout au long de lâĂ©poque dâEdo. Masahiro a hĂ©ritĂ© de la tradition du Hizen-tĆ Ă un haut niveau tout en produisant des Ćuvres dâun raffinement qui lui est propre.
La province de Hizen est connue depuis lâAntiquitĂ© comme rĂ©gion de production de sabres. Au dĂ©but de lâĂ©poque dâEdo, aprĂšs que le premier Tadayoshi (Hashimoto Shinzaemon) eut Ă©tabli le style du Hizen-tĆ, ses techniques furent transmises sur plusieurs gĂ©nĂ©rations. Plusieurs forgerons de cette lignĂ©e portĂšrent le nom de Masahiro, transmis de la premiĂšre gĂ©nĂ©ration aux suivantes. Les Ćuvres de chaque gĂ©nĂ©ration peuvent ĂȘtre identifiĂ©es en suivant lâĂ©volution du style. La gĂ©nĂ©ration qui a produit des Ćuvres dâune maĂźtrise technique particuliĂšrement Ă©levĂ©e parmi les forgerons portant ce nom est particuliĂšrement estimĂ©e sous le nom de « Hizen Masahiro ».
Konuka-hada et suguha : lâidĂ©al esthĂ©tique du Hizen-tĆ
La plus grande caractĂ©ristique du Hizen-tĆ, et lâĂ©lĂ©ment le plus important mĂȘme dans les Ćuvres de Masahiro, est la texture particuliĂšre du jigane appelĂ©e « konuka-hada ». Le konuka-hada dĂ©signe une surface granuleuse fine et uniforme, semblable au son de riz (komenuka), câest-Ă -dire un jigane dense Ă grain fin. Ce jigane est dâune grande uniformitĂ© et dâune grande clartĂ© ; lorsquâil est Ă©clairĂ©, il Ă©met un Ă©clat dĂ©licat. Câest un jigane Ă la beautĂ© sereine propre au Hizen, entiĂšrement diffĂ©rente des reflets dĂ©sordonnĂ©s (midare-utsuri) du Bizen ou du grand grain (Ć-hada) du SĆshĆ«.
Quant au hamon, la forme principale est le suguha. Le hamon droit et uniforme, si rectiligne quâon le nomme « bĆ-suguha », est devenu la signature de Masahiro. Bien que ce hamon paraisse monotone au premier regard, la profondeur du niekuchi et la finesse du nie tĂ©moignent de la grande habiletĂ© technique de Masahiro. Au sein du hamon apparaissent de fins sunagashi et des kinsuji, et sous un hamon dâapparence simple se cache une riche activitĂ©. Le suguha de Masahiro est techniquement trĂšs difficile : pour achever un suguha uniforme, il faut maĂźtriser parfaitement de nombreux Ă©lĂ©ments, notamment lâajustement de lâĂ©paisseur de la lame, la gestion de la tempĂ©rature de trempe et la prĂ©cision de lâapplication de lâargile (tsuchi-oki).
Lâindustrie du Hizen-tĆ au milieu de lâĂ©poque dâEdo et la place de Masahiro
Ă lâĂ©poque dâEdo, la province de Hizen Ă©tait lâune des principales rĂ©gions de production de sabres du Japon, et de nombreux forgerons y travaillaient sous le patronage du domaine de Saga (la famille Nabeshima). Le Hizen-tĆ circulait largement parmi les samouraĂŻs de lâouest du Japon grĂące Ă la stabilitĂ© de sa qualitĂ© et Ă son grand attrait esthĂ©tique, et la marque « Hizen-tĆ Â» jouissait dâune renommĂ©e nationale. LâĂ©poque de Masahiro coĂŻncide avec lâĂ©panouissement de la culture Genroku (fin du XVIIe siĂšcle au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle), une pĂ©riode oĂč la demande de sabres dĂ©passait lâusage pratique pour prendre une dimension croissante dâĆuvres dâart et dâobjets de collection.
Dans ce contexte historique, Masahiro affina davantage le jigane prĂ©cis et le magnifique suguha qui font la force du Hizen-tĆ, et produisit des Ćuvres qui se situent au plus haut niveau des standards du sabre au milieu de lâĂ©poque dâEdo. Les sabres de Masahiro Ă©taient apprĂ©ciĂ©s dâune clientĂšle Ă©tendue, des vassaux du domaine de Saga aux samouraĂŻs dâautres domaines. Certains furent prĂ©cieusement offerts en cadeaux aux maisons daimyĆ.
Ăvaluation et expertise des Ćuvres existantes
Les Ćuvres de Masahiro qui subsistent transmettent aujourdâhui lâessence de la beautĂ© du Hizen-tĆ. Pour lâexpertise, les principaux critĂšres dâĂ©valuation sont le degrĂ© dâachĂšvement du konuka-hada, lâuniformitĂ© du suguha, ainsi que la texture du nie et la profondeur du niekuchi. Les Ćuvres de Masahiro sont jugĂ©es dâun niveau dâachĂšvement supĂ©rieur dâun cran Ă celui des autres forgerons du Hizen de la mĂȘme pĂ©riode, ce qui leur vaut la haute distinction de « jĆjĆsaku ».
La soie (nakago) est soigneusement façonnĂ©e, et la signature est gravĂ©e « Masahiro » ou « Hizen-jĆ« Masahiro ». En admirant un sabre de Masahiro ravivĂ© par le polissage, on se sent entraĂźnĂ© dans le monde de la beautĂ© prĂ©cise que les artisans de lâĂ©poque dâEdo poussaient Ă lâextrĂȘme.
Hizen Masahiro chez TĆken-za
Chez TĆken-za, Masahiro est prĂ©sentĂ© comme un maĂźtre du milieu de lâĂ©poque dâEdo qui perpĂ©tua, Ă un haut niveau, la tradition du Hizen-tĆ aprĂšs Tadayoshi et Tadahiro. Les Ćuvres de Masahiro, qui incarnent lâidĂ©al esthĂ©tique du Hizen-tĆ (konuka-hada et beau suguha), tĂ©moignent de lâun des sommets de lâart du sabre de lâĂ©poque dâEdo. Elles sont indispensables pour parler de la culture du sabre de la pĂ©riode shintĆ. Ă travers les Ćuvres de Masahiro, on peut dĂ©couvrir le monde du Hizen-tĆ, qui recherchait une beautĂ© prĂ©cise et Ă©quilibrĂ©e, diffĂ©rente de la grandeur des kotĆ.
Le contexte technique du Hizen-tĆ et la transmission de Masahiro
La haute qualitĂ© du Hizen-tĆ reposait sur le systĂšme organisĂ© de production de sabres du domaine de Saga, celui des Nabeshima. Au moment oĂč Masahiro Ă©tait actif, environ un siĂšcle sâĂ©tait Ă©coulĂ© depuis lâĂ©tablissement de ce systĂšme, et lâaccumulation technique ainsi que les mĂ©canismes de contrĂŽle qualitĂ© Ă©taient parvenus Ă maturitĂ©. Les forgerons qui, de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, portaient le nom de « Masahiro » se transmettaient leurs techniques par les liens de maĂźtre Ă disciple et de parent Ă enfant. Ils maintenaient et Ă©levaient la qualitĂ© du Hizen-tĆ non comme une simple habiletĂ© individuelle, mais comme un « savoir-faire de famille ».
Le Hizen-tĆ remporta aussi constamment la compĂ©tition de qualitĂ© face aux sabres shintĆ dâautres centres de production (Echizen, Echigo, Owari et dâautres de lâĂ©poque dâEdo). Le fondement de sa supĂ©rioritĂ© rĂ©sidait dans la conjugaison dâune qualitĂ© uniforme et dâune haute valeur artistique. MĂȘme Ă lâĂ©poque de Masahiro, la rĂ©putation selon laquelle « les sabres de Hizen ne prĂ©sentent pas de qualitĂ© alĂ©atoire » demeurait intacte, et ce nâĂ©tait rien dâautre que le rĂ©sultat des efforts fiers des forgerons du Hizen, Masahiro compris, pour contrĂŽler la qualitĂ©. Aujourdâhui, celui qui tient un sabre de Hizen Masahiro peut ressentir Ă la fois le poids de lâhĂ©ritage technique accumulĂ© par les forgerons de lâĂ©poque dâEdo et la profondeur de lâesprit artisanal qui se cache derriĂšre sa beautĂ©.